Introduction. Les troubles des conduites alimentaires (TCA), fréquents en population générale, sont liés à des comorbidités psychiatriques et physiques sévères. Une détection précoce des TCA améliorerait le pro-nostic des patients atteints de TCA. Les médecins généralistes (MG) sont souvent cités comme les acteurs principaux du repérage précoce des TCA alors que les patients concernés ne semblent pas en parler en con-sultation. Il existe peu de données susceptibles d’expliquer ce hiatus.Objectif. Décrire en miroir les perceptions qu’avaient les MG de leur prise en soins des patients atteints de TCA et celles des patients atteints de TCA du rôle de leur MG dans leur parcours et leur prise en soins.Méthodes. Etude qualitative avec approche par théorisation ancrée. Des MG participants à la base de don-nées de l’observatoire de la médecine générale ont été recrutés, ils ont eux-mêmes recruté des patients at-teints de TCA qu’ils suivaient en consultation. Des entretiens individuels ont été réalisés et une analyse par comparaison constante en miroir MG/patients avec triangulation par trois chercheurs a été réalisée.Résultats. 24 MG et 6 patientes ont été interviewés. Les quatre catégories retrouvées étaient :1) Les TCA : une situation peu souvent rencontrée selon les MG malgré des troubles familiaux et personnels de longue date pour les patients ; 2) La rencontre entre le MG et le patient atteint de TCA : le choc des deux parties et le soulagement de la révélation du trouble ; 3) La gestion du trouble alimentaire au quotidien : l’isolement et la honte des patients et l’impuissance initiale des MG ; 4) Une alliance thérapeutique fondamentale : le MG comme un acteur de confiance mais le risque de dépendance affective.Discussion. Une rencontre impossible était retrouvée entre les MG ayant un sentiment d’impuissance et d’incompétence et les patientes ayant un sentiment de honte et d’isolement. Les MG semblaient avoir une approche biopsychosociale des patients atteints de TCA, pouvaient faire appel à des réseaux spécifiques en soins tertiaires, devaient travailler sur leurs représentations négatives. Le repérage du manque d’estime de soi chez les adolescents pour